L’affaire

Hier soir j’ai pris une camomille (not fucking kidding you) avec une nana que j’aime beaucoup. C’est ma meilleure source sur la politique en Inde, elle soutient le Congrès mais c’est surtout une fan de stratégie. Elle lirait le Canard Enchainé comme d’autres lisent l’Equipe (même si ça n’a rien de très exceptionnel en fait).

Du coup, à chaque fois que je la vois, quand je suis en forme, je comprends 80% de ce qu’elle me dit. Trop d’acronymes et de noms propres inconnus au bataillon… Parfois elle est révoltée par un fait divers ou une affaire politique – l’Inde est un grand pays, chaque jour a son lot (conséquent) d’ « affaires », et je n’ose pas interrompre la furie volubile tant je peux voir la passion ardente dans ses yeux. Elle trouve toujours que tout est tellement incroyable et lamentable que même sans rien comprendre on peut légitimement se sentir lessivés après l’avoir croisée – la camomille joue sans doute aussi un peu.

Bref, tout ça pour dire qu’elle me parlait d’une affaire incroyable… le cas Ishrat Jahan.

J’adorerais pouvoir raconter cette histoire façon rendez-vous avec X, mais je vais résumer plus sobrement.

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Les faits remontent à 2004 et ont lieu dans le Gujarat. Quatre personnes sont tuées :trois jeunes hommes, et une jeune fille de 19 ans, Ishrat Jahan Raza. La police d’Ahmedabad les soupçonnaient d’appartenir à des réseaux terroristes –notamment le Lashkar-e-Taiba (LeT) – et de fomenter l’assassinat de Narendra Modi, aujourd’hui Premier Ministre ; alors à la tête du Gujarat.

Depuis la mort de ces quatre personnes, la police du district, la famille de la jeune fille, et plusieurs groupes soutenant chacune de ses parties, se battent pour savoir si la confrontation lors de laquelle les jeunes gens ont été tués a été une véritable confrontation (ce serait alors le résultat d’une enquête solide), ou s’il s’agit d’une opération montée de toutes pièces pour tuer les quatre compères de sang-froid. Je vous laisse deviner qui défend quoi.

Pour ne rien arranger, on n’a jamais trop su si Ishrat Jahan et ses amis étaient ou non des agents du LeT. Un journal de Lahore a affirmé en 2004 que tel était le cas. Mais en 2007, la branche « politique » du LeT, Jamaat-ud-Dawa, a nié ces déclarations et présenté ses excuses à la famille d’Ishrat.

Aujourd’hui, après plusieurs aller-retour* entre les différentes instances juridiques indiennes, il est plus ou moins admis que la confrontation était “bidon”, mais difficile de savoir si les jeunes étaient bien des terroristes. Les trois garçons ont l’air de bandits à la petite semaine. On aurait retrouvé un AK47 et une carte d’identité pakistanaise sur les lieux de leur mort, mais il semble que ce soit la police locale qui les y a placés…

Des policiers ont démissionnés, certains sont en prison, mais on ne sait toujours pas vraiment ce qui s’est passé. Une histoire parfaite pour les amateurs de complots et de manigances comme l’est mon amie.

 (*) Mon royaume à celui qui peut me donner a règle qui s’applique ici au pluriel d’ « aller-retour » !

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