Sheryl et moi

L’heure est au bilan.

J’ai lu il y a peu –et je ne pensais pas l’assumer publiquement*- Lean In de Sheryl Sandberg, la numéro 2 de Facebook qui veut qu’un CEO sur deux soit une femme.

Tout n’est pas renversant, mais il y a pas mal de petites choses inspirantes sans être révolutionnaires. J’en parlerais une autre fois plus en détail, aujourd’hui je vais me concentrer sur un passage du livre :

« Je comptais me déconnecter pour de bon du travail. J’ai même rendu ma décision publique – une astuce qui incite à se tenir à un engagement en se soumettant volontairement à une pression extérieure »

Bref, prenant exemple sur une nana qui gagnera bien plus en levant le petit doigt que moi en toute une vie**, j’ai décidé que faire un bilan public (et néanmoins honnête) de mes accomplissements serait un atout.

– Côté vie pratique en Inde, je n’ai pas de très bonnes nouvelles de mon visa. Pas la peine d’expliquer le douloureux process du visa journaliste ici, ceux qui doivent le découvrir s’y frotteront bien assez tôt. Mais au moins il me reste plusieurs semaines pour essayer de me faire comprendre, contrairement à mon dernier séjour : je ne connaissais pas alors la complexité des procédures et la relative lenteur de la machine administrative. Evidemment le problème du visa c’est que ça remet tout en question… A l’heure où je vous parle el Moustacho a décidé de chercher un boulot à Paris et je regarde à nouveau en direction du Moyen-Orient, mais en attendant essayons de garder la tête froide et de réfléchir à ce qui se passe maintenant.

– Côté travail : j’ai bossé sur deux papiers assez longs qui seront tous les deux (très très très très très très très) mal payés, mais ça m’a fait parler des gens complètement improbables et j’en suis contente. Autant la première collaboration a été assez proche du cauchemar, autant la deuxième –en anglais- a été idyllique. Bonne moyenne.

– Je voulais aller à Bhopal pour les 30 ans de la catastrophe industrielle (début décembre) mais à trop y réfléchir je me suis coupée l’herbe sous le pieds : tout le monde y a déjà été de son petit reportage et/ou s’est organisé pour avoir quelqu’un sur place. Leçon à retenir (pour la millième fois) : travailler plus vite.

– Côté mental de moine shaolin discipline : quand j’ai commencé à piger, et ceux qui suivent ce blog depuis le départ l’ont lu, j’ai eu des hauts et des bas et je n’ai pas compris grand chose de ce qui m’arrivait.

D’abord j’ai eu des commandes de médias : ce qui est extrêmement rare, ensuite un coup d’hystérie de l’actualité avec la visite de Trierweiler (j’aurais préféré une hystérie autour de Barack Obama, mais on ne choisit pas ses buzzs), et finalement il y a eu les longues vacances d’été, une trêve estivale, un tunnel où toutes les rédactions sont à moitié fermées. Toutes les prières à Ganesh et compagnie n’obtiennent pas une réponse à un mail ou un coup de fil. Donc j’ai eu du mal à m’organiser autour de tout ça.

Ensuite j’ai eu un problème de méthode assez dramatique, autrement dit je ne savais pas trop comment travailler comme un pigiste en Inde : quel média local suivre, comment, que proposer, comment relancer (et à quel point), … Heureusement que je peux compter sur mon fidèle mentor Don Juan pour me dire que « ça va bien se passer même si l’Inde tout le monde s’en fout », mon ancienne collègue Tequila qui vit plus ou moins la même chose que moi***, et sur une poignée de journalistes bienveillants (y compris Célia Mercier –dont la patience n’a aucune limite).

En fait, j’avais surtout du mal à garder mon élan : je bossais pendant quelques semaines, et puis quand vraiment ça ne fonctionnait pas, ou que je venais de rendre un long papier, je n’arrivais plus à m’y mettre.

Mais depuis qu’un autre journaliste pigiste bienveillant, Samuel Forey au Caire, m’a donné ce conseil fondamental : « essaie de ne pas trop glander », ça fonctionne beaucoup mieux.

Donc j’ai plein de projets sur le feu, et si Ganesh veut bien m’obtenir une extension de visa, ça devrait finir par fonctionner.

 

Je terminerais ce bilan sur ces illustres mots de Sheryl Sandberg :

«  Prendre la mesure de sa réussite est indispensable à qui souhaite aller encore plus loin »

 

 

 

* La préface de Christine Lagarde m’a convaincue que je n’aurais pas l’air si tarte une fois à la caisse du libraire, mais il est possible qu’il se soit quand même dit que j’étais une féministe loser ayant grand besoin de conseils de tycoons du capitalisme, ou plus ou moins ça.

** Ce qui fait sûrement d’elle quelqu’un de plus productif –pas de plus génial.

*** La version sherylsandbergisée de ma vie, en fait. Elle est correspondante à Beyrouth et galère beaucoup moins que moi, mais elle a des moments de vide intersidéral elle aussi : rassurant.

 

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