Le miroir aux allouettes

L’année dernière, à la même période, deux amis étaient venus de France pour voir les merveilles des Indes. Ils étaient bons clients, un peu sans prétention et je crois qu’ils étaient surtout là pour nous voir – tous deux avaient déjà mis les pieds dans le pays.

Je m’étais arrachée les cheveux tant leur charmante compagnie me détournait de mon travail. J’avais préféré me promener avec eux que remuer ciel et terre pour contacter qui que ce soit après le 24 décembre et avant le 10 janvier – aussi bien en Inde qu’en France. Je m’en étais un peu voulue après coup.

Nous n’étions pas en Inde depuis longtemps. Je n’avais pas peur de mon Hindi balbutiant, ni de tout ce que je ne pouvais pas expliquer de l’Inde. Je me fichais un peu de ce qu’ils pensaient de ma vie ou de mon travail ici. Nous avions parlé de mille choses simplement, de l’Inde, mais aussi de ce que nous voulions faire, de nos livres préférés, de est-ce que tu es plus Michel Delpech ou Joe Dassin.

Cette année, d’autres amis sont là. C’est radicalement différent. Un an après mon arrivée en Inde, j’ai le sentiment que je devrais avoir accompli bien plus. Tristement, plus on se juge, plus on a le sentiment que les autres nous jugent. C’est une sorte de double sanction masochiste qui s’applique presque à tous les individus. Ces deux amis font le même métier que moi et évidemment ils ont mille avis sur les sujets potentiels de reportage en Inde, le travail, l’organisation du travail. Je pourrais être contente de discuter de ce métier que j’aime tellement, mais je préfère éviter la confrontation de leur univers et du mien. J’ai peur.

Jusqu’à très récemment je pensais que les amis étaient les acteurs d’une zone de confort. Je viens de découvrir que l’on peut craindre ceux qu’on a tant chéris.

J’hésite entre interpréter ça comme un signe de folie douce (symptôme possiblement lié à la vie de pigiste et/ou d’expatrié) ou simplement comme un moment initiatique de passage à la vie adulte. Je regrette que ce billet sonne si mélodramatique mais je voulais illustrer à quel point trop se questionner, trop se centrer sur soi-même, pousse tout simplement à se faire mal tout seul – au contact des autres. C’est quand même sacrément idiot!

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